2010 marquera-t-elle une remontée des taux d'intérêt ?
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Envoyé le:
25-01-2010 à 14:32 |
Le resserrement monétaire est un sujet qui, à n'en pas douter, marquera bien l’année 2010 et probablement aussi l’année 2011. L'évolution de l'activité lors de ces derniers mois laisse apparaître un redressement des fondamentaux économiques.
Les derniers indicateurs économiques aux Etats-Unis se sont améliorés, voire pour certains assez nettement. En même temps, l’économie mondiale repart de façon modérée ou est sur le point de repartir. Les politiques monétaires demeurent très accommodantes. En revanche, les banques centrales vont tenter de retrouver des politiques monétaires plus conventionnelles sans pour autant provoquer de secousses inéluctables. La Chine, face à une envolée du crédit, a déjà procédé la semaine dernière à un durcissement des conditions de réserves obligataires des banques. Cette décision a fait trembler les marchés boursiers mondiaux. Toutes banques centrales et tout gouvernement savent que la sortie de crise sera extrêmement périlleuse. Elle risque en effet de secouer les marchés et casser la reprise économique, si l’on agit trop tôt, trop vite. A l’inverse, en tardant, des bulles financières et des pressions inflationnistes peuvent apparaître.
Rappelons simplement que le marché fonctionne sans le concours de la Banque centrale. Celle-ci ne fait qu’intervenir sur des taux à court terme mais contrôle indirectement la masse monétaire. Or là, pour le moment, les banques centrales ont mis tous les marchés sous perfusion monétaire. Les banques commerciales sont-elles capables de se prêter d’une façon régulière ? Quel serait le meilleur moment pour les banques centrales de relever leurs taux directeurs et retirer des liquidités ? Peuvent-elles ignorer les politiques budgétaires au point de resserrer les conditions monétaires au moment où les finances publiques dérapent et les Etats s’endettent à tour de bras ? Le marché monétaire serait-il capable de prendre le relais?
Taux d’intérêt directeurs
La Réserve fédérale américaine (Fed) a déjà montré par le passé son incapacité à empêcher la formation de bulles. De nombreux économistes et non des moindres, comme Nouriel Roubini, accusent la Fed, à cause de sa politique monétaire très accommodante, d’entretenir la flambée des cours des matières premières et des Bourses émergentes. En effet, les mouvements spéculatifs se renforceront dès le moment où la Fed cessera d’insister qu’elle laissera ses taux bas «pendant longtemps».
De l’autre côté de l’Atlantique, la Banque Centrale Européenne (BCE) a également utilisé très largement la politique monétaire. L’écroulement du système financier mondial suite à la faillite de "Lehman Brothers". Lehman Brothers a offert aux banquiers centraux une occasion de remonter sur scène. M. Bernanke, a, d’ailleurs, récemment, été consacré comme l’homme de l’année 2009 par le magazine Time. La crise a cassé les barrières qui limitent habituellement les actions des banques centrales : les politiques non conventionnelles ont ainsi pu être mises en œuvre. Ce sont en particulier les politiques d’«assouplissement quantitatif» pour la Fed et la Banque d’Angleterre, «mesures non conventionnelles» pour la BCE.
Qu’en est-il sur le plan pratique ?
Techniquement, il n’y a pas d’obstacles insurmontables à un démantèlement de ces dispositifs. Une partie d’entre eux est d’ailleurs condamnée à disparaître lorsque la demande s’asséchera. Plusieurs facilités mises en place par la Réserve fédérale américaine sont limitées dans le temps. Dans la zone euro, les banques ont encore la main : l’institut d’émission leur offre toutes les liquidités souhaitées aux opérations de refinancement. Les demandes de fonds à un an ont été divisées par quatre entre juin et décembre, et le nombre d’établissements de crédit participant à l’enchère divisé par cinq. Les feuilles de route vers la «sortie» dessinées par les deux banques centrales s’appuient, désormais, sur ces constats.
Si l’on exclut le programme d’achats d’obligations sécurisées, assez restreint, l’essentiel du travail de la BCE dans le domaine «non conventionnel» s’arrête là, alors que la Fed fait face à d’autres problématiques. En pleine crise économique, l’argentier américain a acheté massivement des titres, publics et privés, au point de quasiment tripler son bilan. Comment rééquilibrer tout cela ? Revendre les actifs, les garder jusqu’à maturité, les échanger dans des opérations de refinancement inversé où les banques prêtent des liquidités à la Fed et reçoivent des titres ? Telles sont certaines des possibilités discutées, voire testées. Une chose est sûre, le chemin vers la sortie promet de déclencher une opération sans doute politiquement délicate. Les risques pris par les autorités monétaires — pas uniquement la Fed — et leur ingérence dans une sphère qui relève presque de la politique fiscale pourront éclater au grand jour.
Par ailleurs, la BCE semble déterminée à agir en toute indépendance selon son mandat de maintien de la «stabilité des prix». Mais sa politique sera certainement mise à l’épreuve fin 2010 et début 2011. Outre Atlantique, la Fed est plus souple. Son objectif concernant l’emploi est aussi plus facile à concilier avec la politique gouvernementale. En effet, la baisse du chômage aux Etats-Unis sera sans doute l’élément clé de la «stratégie de sortie» menée par Ben Bernanke. L’amélioration du marché du crédit constituera également un autre facteur important. On a vu récemment que la teneur inquiétante du rapport sur l’emploi, les décevantes statistiques du crédit à la consommation et la fragilité de l’immobilier sont autant de facteurs qui poussent les acteurs sur les marchés à reporter la date hypothétique de la remontée des taux. Il n’est pas impossible que le tour de vis n’intervient qu’en 2011. S’agissant de la BCE, celle-ci serait tentée d’attendre afin de ne pas provoquer une remontée de l’euro. Elle pourrait cependant agir plus tôt si les anticipations d’inflation l’exigent. En tout état de cause, les taux d’intérêt pourront – et probablement vont — remonter dès que les excès de liquidités seront épongés, sans doute à partir de mi 2010. De toute façon, une seule chose est sûre, c’est que les politiques de sortie de crise seront d’abord mises en œuvre sur le plan monétaire avant de l’être sur le plan budgétaire. Les politiques budgétaires actuelles sont en effet partiellement financées par les politiques monétaires. Et l’économie serait plus à même d’absorber un moindre soutien monétaire qu’un retrait du soutien budgétaire. Mais comment donc financer ce dernier par la première ?
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A propos de l'auteur :
Sonia El Kadhi
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