L’après-crise financière
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26-01-2010 à 04:25 |
« L’Afrique, la victime innocente de la crise »
«Aucun pays n’est à l’abri de la crise. Nous sommes aujourd’hui moins sûrs qu’avant sur ce que nous voulons dire par bonnes institutions et bonnes politiques ». Telle est la tonalité donnée, le 11 janvier 2010, par M. Joseph Stiglitz, ex-économiste en chef de la Banque mondiale et prix Nobel d’économie américain , dans le cadre d’une intervention devant des personnels de l’institution, du corps diplomatique, d’universitaires, de chefs d’entreprises au siège de la BAD… Cette conférence, consacrée à «l’après-crise financière, les options pour l’Afrique», s’inscrit dans le programme des conférenciers de la BAD.
La session était présidée par M. Donald Kaberuka, président de la BAD.
L’éminent économiste américain a exposé une stratégie économique post-crise pour l’Afrique. Les théories qui prônent la déréglementation et l’ouverture totales des marchés ont révélé leur inefficacité. La crise démontre clairement que l’Etat a un rôle à jouer, même si ce rôle doit tenir compte des lieux et des circonstances. La crise actuelle s’annonce être plus longue que prévue. L’Afrique doit faire entendre sa voix et s’assurer d’être représentée dans les instances internationales. Le continent doit se dégager de sa dépendance face aux produits de base, miser sur la diversification, et viser la stabilité et la croissance durable. La mise en place de banques nationales de développement est une piste à envisager pour le continent. Détails.
Le prix Nobel d’économie et professeur à l’université Columbia, Joseph Stiglitz, a plaidé en faveur d’une « stratégie économique post-crise » pour préserver l’avenir de l’Afrique qualifiée de « victime innocente » de la crise financière mondiale. « Les pays africains apparaissent comme les victimes innocentes de la crise parce qu’ils ont été affectés à travers les marchés financiers, le commerce, l’investissement et les fonds des migrants » indique-t-il. L’économiste américain a ajouté que la situation varie d’un pays à l’autre, les plus intégrés au système mondial ont été les plus touchés, ceux qui disposent d’excédents financiers ont été moins affectés. Selon lui, la crise financière a mis à nu les faiblesses conceptuelles des théories dominantes ces dernières années : déréglementation, absence de contraintes, capacité du système à s’autoréguler, comportement rationnel des acteurs économiques. A l’inverse de ce qui avait été prévu par les tenants de cette doctrine, les plus aisés se sont enrichis et les plus démunis ont été les grands perdants de l’aventure, voyant en même temps leurs revenus décroître et leurs maigres actifs, notamment immobiliers, emportés par leur incapacité à servir leur hypothèque. M. Stiglitz a fait savoir que la libéralisation des marchés financiers et des capitaux a contribué à la propagation rapide de la crise à travers le monde. Les théories fondées sur les anticipations et le comportement rationnel sont remises en question (la réalité des bulles…). Tout en reconnaissant que l’expansion et la récession sont le propre du capitalisme, le prix Nobel d’économie rappelle que les tenants du marché ont oublié ces leçons.
Les limites des doctrines libérales et le retour de l’Etat
L’éminent économiste américain s’en est pris au mode de gestion économique américain de ces dernières années, à son « inefficacité » et aux « théories » qui le sous-tendent. « La crise a, en effet, révélé que la libéralisation des marchés des capitaux et l’absence de contrôle ont contribué à la propagation rapide de la crise à travers le monde. Les banques centrales font également partie du problème », a-t-il affirmé. M. Stiglitz pense que l’accent que les banques centrales ont mis sur le contrôle de l’inflation a détourné l’attention de la croissance, de l’emploi et de la stabilité du système financier. Les doctrines de Ben Bernanke (actuel président de la Fed) et d’Alan Greenspan (ancien président de la Fed), selon lesquelles personne ne peut reconnaître une bulle avant qu’elle n’éclate, ont toutes montré leurs limites. C’est la raison pour laquelle il prône pour un juste équilibre entre le marché et l’Etat. Cet équilibre différera d’un pays à un autre et d’une époque à une autre. Et de préciser : « L’une des grandes leçons de la crise financière est que l’Etat a un rôle crucial à jouer dans le développement économique, à la fois dans la prévention de crises et dans la mise en œuvre de mesures idoines permettant d’éviter des les amplifier et de les transformer en dépression ». Certaines des politiques prônées par les pays en développement ont causé la crise, exacerbé la récession et contribué à sa rapide propagation. Ce qui met en cause l’«autorité » des institutions et des individus qui ont prôné ces politiques.
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